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LES FUSILLES DU CHAMP DE MANOEUVRE DE PLOUFRAGAN
6 mai 1944


Dernière mise à jour :

24/01/2008

 

En 1944, la situation des allemands en Bretagne devient de plus en plus critique, les escarmouches et les sabotages se multiplient. C’est ce qu’indique l’Amiral RUGE (adjoint de ROMMEL pour la sécurité) au cours d’une réunion d’état major au château de Quintin : "  Le Général FARMBACHER commandant le 25ème corps d’armée signale que les actes de sabotages et les agressions contre les soldats prennent, en Bretagne, une forme pouvant se comparer avec celle régnant en Russie ".

C’est à la suite de cette réunion, qu’un mois plus tard, le 6 mai 1944, 19 résistants furent fusillés sur le champs de manœuvre de Ploufragan, après un jugement expéditif d’un tribunal allemand, siégeant au palais de justice de Saint-Brieuc.

Vers 7 heure du matin le 6 mai 1944, les 12 premiers résistants furent fusillés. Parmi eux figuraient :

Le soir vers 19 heures, ce fut le tour de :

Ces 7 derniers résistants faisaient partie de la compagnie FTP " La Marseillaise " dirigée par Yves TREDANT, spécialisée dans le sabotage de voies ferrées dans la région de Plouaret (24 sabotages entre le premier janvier et le 9 mai 1944). Ils furent arrêtés le 23 avril et conduits au siège de la gendarmerie allemande à la Pépinière à Plouaret où ils furent torturés pour obtenir des informations sur le réseau.

Avant de mourir un de ces patriotes écrivait à sa famille : " Chère maman, chères sœurs, chers oncle et tante, chers amis et amies. C’en est fait : je suis condamné à mort. Je péris avec douze de mes camarades. Le jugement est à exécuter de suite : c’est à dire que tout à l’heure je ne serai plus. Ma dernière pensée va vers vous. Ne vous figurez pas que c’est un déshonneur de mourir pour son pays. Bonjour aux électriciens de la compagnie et aux copains. Ton fils qui t’a toujours aimé. "

Le lendemain de la fusillade quelques Ploufraganais se rendirent sur les lieux et essayèrent de déterrer les corps, mais les allemands les dispersèrent.

Le 8 mai, paraissait cette article dans l’Ouest Eclair, faisant suite à la liste des fusillés : " Ils étaient convaincus d’attaques contre l’armée d’occupation, d’assassinat d’un feldgendarme et de civils français. On leur reprochait en outre d’attaques à la dynamite contre les immeubles abritant des services allemands et des actes de sabotage ayant occasionné des déraillements et de graves dégâts enfin des cambriolages de mairies, de magasins et de fermes. La sentence a été exécutée… "

Le 27 juillet les corps furent déterrés et mis en cercueil par la croix rouge et transférés par les allemands en forêt de Lorge, en bordure de la route de Ploeuc Uzel, où ils seront exhumés le 2 août.

A la fin de la guerre, un monument a été érigé en leur mémoire, à l’endroit où ils furent fusillés. La rue qui y mène leur est dédiée et chaque année, le 8 mai, une commémoration y a lieu.

 

 

Lettre de Roger QUINTRIC à sa famille :

Le destin vient de s’ouvrir : me sentence sera prochainement exécutée. Je m’y attendais, je ne m’étais pas fait d’illusions sur mon sort. J’ai passé en jugement : au réquisitoire je suis condamné à la peine de mort. Je ne suis pas seul. Malgré tout ce que l’on aura pu dire de moi je mourrai avec la conviction d’avoir fait quelque chose pour la France, car on ne fusille pas pour un simple vol. Les lois de la guerre. Non, ce n’est pas cela, j’étais franc-tireur.

Ma peine je n’en ai pas. Je n’ai qu’un regret : celui de ne pas voir la victoire finale.

Sans espoir ? Oui, pour moi, mais toi, papa, tu pourras dire que ma mort sera une mort digne d’un bon français. Ma patrie, je n’en ai qu’une. Je n’ai pu me mettre à genoux devant l’oppresseur.

Pour moi, c’est la fin, mais la France sera belle après la guerre. Tu auras payé ton tribut, tu pourras lever la tête et regarder fièrement cette terre pour laquelle on sait mourir.

Je pense o mon oncle François, tué à l’autre guerre, et espère que mon frère François arrivera pour vous donner une consolation qui sera la mienne.

J’embrasse tout le monde bien fort. Ida, ma mère et surtout ma grand mère.

Roger QUINTRIC.